PPP Surveillance et gestion de la douleur des patients sous traitement morphinique à domicile


Sur le secteur de Pignan, Murviel-lès-Montpellier et Saussan, près d’un patient sur cinq est suivi pour une affection longue durée. Beaucoup sont âgés, vivent seuls ou avec un proche, et sont pris en charge à domicile par les infirmiers de la MSP. Parmi eux, certains sont sous traitement morphinique : douleurs chroniques sévères, cancers, retours d’hospitalisation, soins palliatifs à domicile.

Jusqu’ici, ces patients étaient suivis sans cadre commun. Chaque professionnel travaillait avec ses propres habitudes, ses propres repères, ses propres outils. Les transmissions entre médecins et infirmiers fonctionnaient, mais sans protocole écrit partagé. Le week-end, la nuit, en dehors des heures ouvrables, un infirmier pouvait se retrouver seul au domicile d’un patient sous morphine, avec une douleur qui déraille ou un signe clinique qui inquiète, sans consigne écrite claire sur quoi faire ni qui appeler.

Ce protocole change ça. Pour la première fois sur le territoire, les médecins, les infirmiers libéraux, la diététicienne, le kinésithérapeute et l’hypnothérapeute partenaire de la MSP Vertoublanc partagent un cadre commun : mêmes échelles d’évaluation de la douleur, mêmes seuils d’alerte, même outil de traçabilité, mêmes conduites à tenir. Un patient inclus dans ce protocole est un patient que l’ensemble de l’équipe connaît, suit, et dont personne ne perd le fil.

C’est aussi une réponse concrète au risque d’hospitalisation non programmée. Quand la douleur est surveillée de près, quand les signes d’alerte sont détectés tôt, quand le médecin peut être joint rapidement selon un protocole écrit et connu de tous, le maintien à domicile devient plus sûr. Et pour un territoire comme le Vertoublanc, où une part importante des patients est âgée et vulnérable, ce n’est pas un détail.


La morphine fait peur. À beaucoup de gens, ce mot évoque la fin, la dépendance, quelque chose d’irréversible. Cette peur-là est réelle, et elle a des conséquences concrètes : des patients qui sous-dosent par crainte, qui ne prennent pas leur traitement correctement, qui confondent leur forme longue durée et leur forme de secours, qui n’osent pas dire que ça ne va pas.

Ce que change ce protocole, c’est d’abord ça : quelqu’un prend le temps d’expliquer. Le médecin, l’infirmier, la diététicienne, le kinésithérapeute, chacun dans son rôle, avec des mots clairs. Ce qu’est la morphine. À quoi sert chaque forme. Quels signes doivent alerter. Qui appeler, et comment. Le patient et ses proches reçoivent des consignes écrites, homogènes, comprises et validées par toute l’équipe. Ils ne sont plus dans le flou.

Ensuite, la prise en charge elle-même est différente. L’infirmier évalue la douleur à chaque passage, avec la même échelle du début à la fin du suivi. Si quelque chose change, le médecin est prévenu rapidement, selon un circuit défini à l’avance. La diététicienne adapte l’alimentation en tenant compte des effets secondaires du traitement – constipation, nausées, perte d’appétit. Le kinésithérapeute travaille sur la douleur à la mobilisation, aide à maintenir une capacité à se déplacer, prévient les complications liées à l’immobilité. Et pour les patients qui le souhaitent, un accompagnement en hypnose peut aider à mieux vivre la douleur au quotidien, à dormir, à gérer l’anxiété que génère une situation souvent éprouvante.

Tout ça se passe à domicile. Pas à l’hôpital, pas dans une structure spécialisée. Chez soi. C’est souvent ce que veulent les patients, et ce que craignent les familles : que ça tienne, que ça soit sécurisé, que quelqu’un soit là si ça se complique. Ce protocole, c’est une façon concrète de rendre ce maintien à domicile plus solide.

Le protocole pluriprofessionnel (PPP) « Surveillance et gestion de la douleur des patients sous traitement morphinique à domicile » a été élaboré et validé collectivement par les professionnels de la MSP Vertoublanc le 12 mars 2026. Il s’inscrit dans les catégories éligibles à l’Accord Conventionnel Interprofessionnel (ACI), au titre des patients pour lesquels le risque iatrogène ou l’équilibre thérapeutique nécessitent l’intervention concertée récurrente de plusieurs acteurs.

Les professionnels signataires sont : les médecins généralistes de la MSP (Dr Barrès, Dr Mialot, et l’ensemble des praticiens de la structure), les infirmiers libéraux partenaires, la diététicienne-nutritionniste Émilie Noyé, la kinésithérapeute Valérie Gilioli, et l’hypnothérapeute Camille Kabelis, intervenant en qualité de praticien libéral non conventionné, non professionnel de santé au sens du Code de la santé publique.

Sont concernés les patients adultes dont le médecin traitant et les infirmiers référents sont membres ou partenaires de la MSP Vertoublanc, traités par morphinique oral, transdermique ou sous-cutané/intraveineux depuis plus de 7 jours, pour lesquels une surveillance en ville est envisageable, c’est-à-dire sans nécessité d’une HAD spécialisée douleur ou soins palliatifs déjà en place. La résidence dans les communes de Pignan, Murviel-lès-Montpellier ou Saussan n’est pas un critère d’inclusion déterminant : c’est le rattachement à la patientèle de la MSP et à la zone d’intervention des IDEL partenaires qui prime. Le consentement écrit du patient au protocole et au partage des informations entre professionnels est obligatoire.

À l’inclusion, le médecin généraliste rédige un protocole écrit de surveillance individuel remis à l’infirmier : il précise les seuils d’alerte, les prescriptions anticipées et la conduite à tenir. Il prescrit la kinésithérapie si indiquée, oriente vers la diététicienne, et valide le recours à l’hypnothérapeute si pertinent.

Lors de chaque passage, l’infirmier libéral évalue la douleur avec l’échelle choisie à l’inclusion (EVA, EN, DOLOPLUS ou DN4, maintenue tout le long du suivi), surveille les paramètres cliniques et renseigne la fiche de suivi partagée via l’outil Drag’n Survey. En cas de dépassement de seuil, il contacte directement le médecin selon le protocole écrit. Si la situation l’exige, il peut administrer la morphine IR en dose de secours, sur prescription médicale préalable.

La diététicienne réalise un bilan nutritionnel à l’inclusion (MNA-SF, ou MNA complet), mesure du périmètre brachial, adapte les apports en lien avec les effets indésirables des morphiniques, et signale au médecin tout score MNA inférieur à 17. Le kinésithérapeute intervient selon prescription sur trois axes : douleur fonctionnelle à la mobilisation, soins palliatifs de confort, et kinésithérapie respiratoire si indiquée. L’hypnothérapeute conduit des séances d’hypnose et d’autohypnose ciblées sur l’anxiété anticipatoire, les représentations de la douleur, les troubles du sommeil et la gestion émotionnelle. Son rôle est strictement défini et limité : aucun acte médical, aucune consigne thérapeutique, aucune présentation de l’hypnose comme traitement de la douleur ou alternative au traitement morphinique. Un consentement spécifique du patient est requis pour cette intervention. La rémunération de la diététicienne et de l’hypnothérapeute est assurée par la MSP Vertoublanc, aucunes rémunération n’est demandées au patient.

La coordination entre professionnels repose sur l’outil Drag’n Survey pour la traçabilité partagée, et sur Doctolib pour l’accès et le partage de données sécurisées dans le dossier patient. Des réunions de concertation pluriprofessionnelle (RCP) sont prévues tous les trimestres à partir de la validation CPAM, avec une réunion annuelle d’évaluation à 12 mois. Le protocole est évalué sur des indicateurs de résultats patients et des indicateurs de processus.

Quand on entend « hypnose » dans un contexte médical, la première réaction est souvent la méfiance. Ou la curiosité, mais avec des guillemets. C’est compréhensible. L’hypnose traîne une image compliquée, entre spectacle de scène et promesses de guérison miraculeuse. Alors autant dire clairement ce que c’est dans ce protocole, et ce que ce n’est pas.

Camille Kabelis intervient auprès des patients inclus dans le suivi morphiniques de la MSP Vertoublanc en qualité d’hypnothérapeute partenaire. Elle exerce l’hypnose ericksonienne, une approche thérapeutique qui part d’un principe simple : chaque personne dispose en elle des ressources pour faire face à ce qu’elle traverse. Le rôle de l’hypnothérapeute n’est pas de soigner, ni de remplacer quoi que ce soit. C’est d’aider le patient à accéder à ces ressources-là, dans les moments où la douleur, l’anxiété ou l’épuisement les rendent inaccessibles.

Dans le cadre du protocole, son intervention est précisément délimitée. Elle ne touche pas au traitement médical. Elle ne donne aucune consigne sur les médicaments. Elle ne présente pas l’hypnose comme un traitement de la douleur ni comme une alternative à la morphine. Ce sont des interdictions formelles, inscrites dans le protocole signé avec la MSP et la SISA Vertoublanc. La décision d’orienter un patient vers elle appartient au médecin traitant. Le patient donne un consentement séparé, spécifique à cette intervention, après avoir été informé que l’hypnose n’est pas un soin remboursé par l’Assurance Maladie et n’entre pas dans le cadre réglementé des professions de santé.

Ce sur quoi elle travaille concrètement, c’est le vécu de la douleur. L’anxiété qui précède chaque passage douloureux. Les représentations que le patient a construites autour de la morphine, parfois très lourdes à porter. Les troubles du sommeil, fréquents dans ces situations. La charge émotionnelle qui accompagne une maladie grave. Les séances se déroulent en hypnose et en autohypnose. Elle enseigne aussi des outils que le patient peut utiliser seul, entre les séances, quand il en a besoin. Pour certains patients, sur accord du médecin, elle peut proposer un soutien aux aidants.

À la fin de chaque séance, elle renseigne un compte rendu bref dans l’outil de suivi partagé de l’équipe. Axe de travail, technique utilisée, ressenti du patient. Aucune information médicale. Ce compte rendu est visible des professionnels du protocole. C’est ce qui fait que son intervention ne reste pas dans un coin isolé mais s’intègre au suivi global du patient.

Le financement de ses séances est assuré par la SISA Vertoublanc sur les dotations ACI, à raison de 50 euros par séance tracée. Aucune facturation directe au patient. La durée habituelle du suivi est de 3 à 6 séances, ajustable avec le médecin référent selon l’évolution de la situation.

Pour en savoir plus sur l’approche de Camille Kabelis et son travail en dehors du protocole, son site est accessible ici : www.camillekabelishypnosetherapeutiqueericksonienne.fr